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samedi 16 juin 2007

Sans-papiers et migrations: ne faites pas l'autruche ! (2/2)

-> lire la première partie de l'article

Positions des formations politiques démocratiques francophones

(1) Opposé à toute régularisation des sans papiers en dehors des régularisations ponctuelles (laissées à l'appréciation du Ministre et aux conditions plutôt restrictives) sur pied de l'article 9 alinéa 3 de la loi de 1980, le Mouvement Réformateur pratique indéniablement la politique de l'autruche en la matière.

Pour justifier sa position par rapport aux sans-papiers, la formation décrite par beaucoup d'observateurs comme étant "de centre-droit" se cache derrière le "sacro-saint" légalisme, comme l'avait dit Louis Michel lors de cette fameuse conférence qui s'était déroulée au Parlement Européen.
Sous le motif qu'un sans-papiers serait quelqu'un qui ne respecterait pas les règles et que, sous-entendu, il faudrait appliquer une présomption de justice et de bonté à toute règle démocratiquement établie, les libéraux considèrent qu'il n'y a pas lieu de régulariser la situation de personnes qui se sont mises hors la loi.

Il n'empêche qu'il est assez astucieux de la part du MR que de se justifier au moyen du principe du légalisme, assurément l'une des bases de l'Etat de droit. Il s'agit en effet d'un argument qu'on pourrait désigner comme "absolu" dans le sens où il serait si fondamental qu'on ne pourrait le nier.
Cela dit, lors qu'on est face à un dysfonctionnement du système et à des cas d'injustice, étudiant en droit de mon état pourtant, il ne me parait pas attentatoire au principe du légalisme que de prévoir une régularisation de la situation de personnes qui se sont retrouvées "hors-la-loi", sans que cela soit justifié à différents points de vue.

Partant, le MR refuse aussi de proposer une quelconque cessation du "stop migratoire" en vigueur depuis 1974, s'en tenant donc aux non politiques actuelles.
Toutefois, dans sa réponse au mémorandum de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) en vue des élections législatives, le Mouvement Réformateur semble indiquer tout le contraire puisqu’il dit qu’ « il est temps d’oser ouvrir le débat sur l’opportunité d’ouvrir notre marché du travail aux étrangers », constatant que beaucoup de migrants quittent leur pays pour des raisons économiques (et non politiques) et que, par conséquent, le stop migratoire favorise la clandestinité.
Est-ce là une manière d’introduire dans le débat politique l’ « immigration choisie » chère à Nicolas Sarkozy, lui-même cher à Didier Reynders ? Probablement puisque, tout comme le Président français, le MR confirme dans cette même réponse qu’il est opposé à la régularisation des sans-papiers en disant qu’ « il entend aborder la question de l’immigration économique autrement que par le biais de la problématique des sans-papiers ».
Soit dit en passant, je ne comprend toujours pas pourquoi le MR veut éventuellement ouvrir le marché du travail aux étrangers et refuse dans le même temps une quelconque régularisation massive alors que celle-ci pourrait participer–officiellement cette fois- à cette ouverture du marché du travail aux étrangers. C'est probablement un nouveau signe que son opposition à la régularisation se fonde principalement sur des motifs électoraux et sécuritaires.
A propos de cette réponse somme toute étonnante de la part du MR, mon expérience en tant qu’observateur extérieur mais attentif de la vie politique m’enseigne qu’il faut toujours plutôt se fier à ce que les hommes politiques disent d’initiative, plutôt qu’à ce qu’ils répondent à une interpellation –comme c’est le cas pour le mémorandum de la LDH-.

Dans cette optique, les propos du ministre de la Coopération au développement Armand De Decker (MR) le 26 avril dernier au débat électoral des Facultés Universitaires Saint-Louis (Bruxelles) doivent probablement recevoir plus de crédit que la réponse du MR à la LDH.

En effet, le candidat tête de liste MR au Sénat avait affirmé très clairement qu'il était opposé, au même titre que sa formation politique, à l'immigration économique ; in tempore (quasi) non suspecto puisqu’aucune question lui avait été posée directement sur le sujet et que le public présent n’attendait pas spécialement de lui qu’il tienne ce genre de propos.

A la suite d'une interpellation -mal amenée, malheureusement- de ma part à l'égard de son opposition à l'immigration économique, A. De Decker a, entre autres, justifié sa position par la peur de l'extrême - droite; indiquant que ce serait une catastrophe pour les partis démocratiques d'aller vers une plus grande ouverture des frontières, tant cela renforcerait les formations racistes et xénophobes. Tout cela me laisse sans voix: comment peut-on accorder ainsi autant d'importance à l'extrême - droite? N'est-ce pas là jouer son jeux?
Certes, l’ « intégration » des immigrés dans la société n’est pas quelque chose qui n’est pas sans poser quelques difficultés mais je suis persuadé que nos politiciens pourraient apporter de réelles solutions à ces quelques difficultés en prévoyant un nombre assez limité de mesures obligatoires à destinations des nouveaux migrants (répartition sur le territoire, formations citoyennes) et en s’efforçant d’instaurer un climat qui favorise la rencontre et le respect mutuel entre tous les concitoyens (nul besoin alors de cours de langue obligatoire, sûrement pas lié à l’obtention d’un logement social).
A l’instar d’un démographe français qui s’exprimait dans le Soir à propos de l’immigration et de l’intégration, il me semble qu’il faut adopter une vision réaliste de l’immigration et de l’intégration, c’est-à-dire ni comme quelque chose de génial, de facile et de parfait, ni comme quelque chose de catastrophique, d’inabordable et de non souhaitable à l’avenir.

Donc, dans cette optique, je vois dans l’attitude du MR un bon vent de populisme (la peur de brusquer la population dans sa conception du monde) et d’immobilisme (n’ayons pas de politiques volontaires en la matière ; cela pourrait nous coûter cher) sous le prétexte de l’avancée du grand méchant loup d’extrême – droite.

A noter que cela confirme le choix qui aurait été fait par le MR de choisir la voie des politiques sécuritaires en la matière, aussi improductives ou coûteuses soit-elles, au détriment de la voie de la rationalité économique et démographique, aussi intéressante soit-elle, par peur de l'extrême - droite et de la réaction du citoyen et du militant.

On pourrait alors croire (logiquement) qu’une telle position va à contre-courant de la vision que l'on a habituellement du Mouvement Réformateur à la fois comme chantre de la mobilité et de la flexibilité (où est la mobilité inter - étatiques pour tous là dedans?) et comme formation guidée par la rationalité économique (à cet égard, beaucoup d'études le montrent: l'immigration est intéressante).

Toutefois, une analyse de Mathieu Bietlot (ULB et Bruxelles-Laïque) prouverait le contraire, à savoir que les politiques migratoires restrictives répondraient justement à des impératifs économiques que M. Bietlot associe à la « dérégulation économique » actuelle.
A partir d’une étude historique des politiques migratoires, le philosophe et politiste constate que la gestion des politiques migratoires par nos gouvernements a toujours été imaginée en fonction des besoins de notre économie. Par conséquent, d’une manière assez convaincante, il en déduit que le « stop migratoire » maintenu par notre pays malgré les nombreux mouvements de population consécutifs à la mondialisation doit être justifié par des besoins économiques ; comme cela a toujours été le cas.
Selon lui, le « stop migratoire » toujours en vigueur dans notre pays servirait les intérêts de certains secteurs économiques où la flexibilité et l’aspect « bon marché » du travailleur clandestin répondrait parfaitement à des exigences de ces tissus économiques.
En d’autres termes, les travailleurs clandestins seraient les bénéficiaires –ils seront préférés aux travailleurs légaux- et en même temps les victimes –au niveau des conditions de travail et de leur absence de statut qui restera comme telle tant qu’ils serviront l’économie- de ces politiques migratoires qui les maintiennent dans la clandestinité malgré leur « utilité économique ».

Loin de moi l’idée d’accorder un crédit limité à une recherche universitaire mais il me semble que la raison principale du maintien du « stop migratoire » n’est pas l’apport économique de la main d’œuvre clandestine –les rentrées financières en cas de régularisation pourraient rapporter gros à l’Etat, comme en Espagne- mais, comme on l’a dit, la peur de l’extrême droite.

D’ailleurs, comment expliquer la régularisation massive décidée sous le gouvernement (bien) de droite qui était celui de Silvio Berlusconi si ce n’est par des facteurs purement économiques, ce gouvernement-là étant peu réceptifs aux arguments philanthropiques.
Je veux dire par là, sans bien connaître l’ampleur du mouvement de régularisation, que la bande du Cavaliere aurait sûrement préféré maintenir ces migrants dans la clandestinité si cela avait été si intéressant économiquement.
En outre, cela confirme qu’une régularisation massive est possible quand on n’a pas le spectre du retour de l’extrême droite, ce gouvernement Berlusconi constituant (quasiment) ce qui se faisait de plus à droite dans la Botte…
En somme, en prenant aussi en considération les chiffres et rapports avancés par Souhail Chichah dans son article (cf. première partie de cet article), la position du MR sur la question des sans papier et de la cessation du "stop migratoire" semble plutôt injustifiable, si ce n'est par la volonté d'apparaître en terme de communication politique comme "intransigeants" ou, en terme de positionnement politique, en rupture par rapport aux autres partis démocratiques francophones (favorables à la régularisation); le tout alimenté par la peur de l'extrême - droite.

(2) Présent à une conférence-débat à la fin janvier à Bruxelles sur la question de la régularisation des sans papiers, le sénateur socialiste Jean Cornil avait annoncé que le Parti Socialiste avait signé un engagement avec l'UDEP (Union de Défense des sans Papiers) pour faire de la question de la régularisation des sans papiers une "question de gouvernement" au lendemain des élections législatives.
Dans les semaines et les mois qui suivirent, "silence radio du PS" sur ce sujet alors qu'il me semble que l'on ne fait pas de n'importe quel sujet une "question de gouvernement".
Dans cette optique, il fallait s'inquiéter de ne pas voir Elio Di Rupo évoquer la question de la régularisation dans les médias, et surtout dans l'interview du Soir auquel avait eu droit chacun des présidents de parti pour exprimer leurs priorités de campagne.
On se dirigeait à ce moment presque assurément vers une nouvelle promesse non tenue, attitude typiquement politicienne me disaient les plus anciens...
Cela dit, quelques semaines après la création de son blog, j'avais décidé de poser sur le blog d'Elio la question de savoir s'il était vrai que le PS ferait de la régularisation des sans papiers une "question de gouvernement" au moment de former la prochaine majorité gouvernementale.
A ma plus grande surprise, le célèbre "Président (D')Crupo" (pour les intimes) m'a répondu himself (j'ai fini par le croire, entre autres avec cet article) par le biais d'un "post" consacré aux sans papiers que le PS ferait effectivement de cette question une "question de gouvernement" après le 10 juin.
Concrètement, le PS exigerait -le conditionnel semble être toujours de vigueur en matière politique- que la régularisation des sans papiers fasse partie de l'accord de gouvernement si, entre parenthèse comme l'indique Elio (encore un peu et il oubliait de le dire!), le PS est amené à y participer.
Seraient concernés les étrangers ayant entamé une procédure d'asile ou de regroupement familial dans notre pays depuis plus de 3 ans et ceux qui peuvent invoquer avoir des attaches durable en Belgique puisqu'ils y vivent depuis 5 ans au moins. Une commission indépendante de régularisation serait mise sur pied pour examiner si les cas individuels répondent aux critères clairs et précis de régularisation qui auraient été insérés dans une Loi.
A noter que la première catégorie des migrants (ceux ayant entamé une procédure depuis plus de 3 ans) ne peuvent pas nécessairement être désignées comme "sans papiers" puisque ces personnes sont toujours en procédure. Par conséquent, seule la seconde catégorie de migrants (ceux qui vivent ici depuis 5 ans au moins) est susceptible de concerner les personnes déboutées des procédures et ceux qui vivent dans la clandestinité depuis leur arrivée sur le territoire. Toutefois, par le fait de vouloir régulariser les migrants en procédure depuis trois ans, le PS semble donner un vrai signal de la reconnaissance de l’aberration de ces procédures trop longues et, peut-être, de la nécessité d'aller vers une cessation du stop migratoire.
Depuis lors, le programme électoral du Parti Socialiste pour les élections législatives a été dévoilé et il confirme (à la page 222) les cyber-dires d'Elio Di Rupo.

Cela étant, interloqué par le fait que le PS -Elio ne s'en cache logiquement pas- est "impliqué" entre autres dans la Loi dite "Dewael" qui a (version officielle) modifié la procédure d'asile dans le sens d'une diminution des délais, j'ai contacté Maître Olivier Stein, jeune avocat praticien du droit des étrangers, pour en savoir davantage sur le rôle -que l'on dit parfois "ambigu"- joué par le PS dans la problématique des sans papiers.
Premièrement, Olivier Stein indique que le PS a voté cette loi contre l'avis de l'UDEP et des autres associations impliquées dans la défense des sans-papiers.
En effet, il faut savoir que cette loi a supprimé le pouvoir d'instruction de la Commission Permanente de Recours des Réfugiés (futur "Conseil du Contentieux des Etrangers") alors que les recherches de cette instance étaient très utiles puique leur grande qualité permettait une étude approfondie du dossier. La procédure est désormais écrite devant cette instance et de nouveaux éléments ne peuvent, en règle, être invoqués devant elle.

En outre, la Loi "Dewael" a créé un "filtre à réfugiés" (excellente expression) au sein du Conseil d'Etat. Il semble que ce filtre soit un cas unique au niveau du Conseil d'Etat. Pour reprendre l'exemple d'Olivier Stein, cela n'existe pas pour les permis de bâtir mais il est évident que l'avenir de centaines d'hommes et de femmes est déterminé par l'obtention d'un permis de bâtir, ce qui n'est pas du tout le cas de la demande d'asile. Comme dirait l'autre (il se reconnaitra), cela relève de la plus pure logique.
En clair, comme me l'a très bien expliqué Olivier Stein, le Conseil d'Etat vérifie très rapidement si la jurisprudence en vigueur "donne une chance raisonnable à la demande d'aboutir" et juge la demande irrecevable si ce n'est pas le cas. Selon lui, cela peut entrainer de véritables dénis de justice puisque la porte n'est plus laissée ouverte à un quelconque revirement de jurisprudence en la matière, ceux-ci n'intervenant fatalement qu'après un examen approfondi des recours qui n'ont pas de chances raisonnables d'aboutir selon la jurisprudence en vigueur. D'ailleurs, comme nous l'annonce cet article daté du 26 avril 2007, 80% des recours sont concernés par cet éventuel déni de justice puisque quatre recours sur cinq (!) sont effectivement bloqués par le filtre mis en place.

Deuxièmement, il reconnaît que cette loi prévoit effectivement des délais très courts, mais cela aurait le désavantage selon lui de ne pas permettre à l'intéressé(e) de contacter une ONG de terrain qui apporterait des informations cruciales. Cela dit, c'est surtout les moyens utilisés pour parvenir à cette diminution bien réelle des délais qui sont critiqués. Deux exemples ont été avancés par mon interlocuteur pour illustrer le danger que représente la volonté -globalement légitime pourtant- de diminuer les délais.
D'un côté, les avocats ne seront plus prévenus en même temps que leur client qu'une audition est prévue devant l'instance de recours (C.P.R.R., futur C.C.E.) et les clients qui ne comprendront pas la lettre ne le feront pas ou le feront trop tard. Dans ce cas qui pourrait devenir fréquent, un "refus technique" (non respect de la procédure) sera opposé au demandeur et on peut légitiment se demander si ce n'est pas là un excellent moyen pour déjà écarter pour ce simple motif toute une série de demandes. De l'autre côté, une autre cause d'exclusion de la procédure semble avoir été mise en place de toute pièce au nom de l'efficacité de la procédure (élimination de l'arriéré); toutes les personnes dont les demandes sont actuellement pendantes reçoivent un courrier leur demandant s'ils comptent poursuivre la procédure (quelle évidence !!) et à laquelle ils doivent répondre dans les trente jours, sous peine de voir leur demande présumée abandonnée et de perdre par conséquent tous leurs droits dans la procédure.La pratique judiciaire (les avocats laissent passer le délai,...) a fait dire à Olivier Stein que bon nombres de demandes pourraient être "évincées" par ce biais, excluant ces personnes de la procédure et les renvoyant de facto dans la clandestinité.
Plus généralement, du point de vue des délais, ce sont très principalement les délais à respecter par le demandeur qui ont été réduits et non ceux dans lesquels les instances chargées de donner une réponse à la demande doivent effectivement se prononcer; ce type de délais n'étant semble-t'il même pas déterminés dans la Loi afin de ne pas brusquer l'administration bien entendu.
Par conséquent, au vu de ces éléments, c'est plus l'objectif de l'exclusion de certaines demandes qui semble avoir été poursuivi par le législateur plutôt que l'objectif -qui aurait dû être le seul- d'accélérer la procédure.
Enfin, pour en finir avec l'analyse de cette Loi à laquelle on pourrait consacrée un post entier, il convient tout de même d'évoquer ce qui constitue indéniablement le grand silence de cette loi: la régularisation. La loi ne met rien en place à ce niveau (commission permanente, critères clairs...) et, partant, confirme (implicitement) le caractère arbitraire de la régularisation.
Elle se contente de prévoir une procédure particulière (jugée discriminatoire par le Conseil d'Etat) pour les demandes de régularisation basées sur des motifs médicaux et de mettre sur pied le fameux statut de protection subsidiaire qui "remplace" les demandes de procédure basée sur l'impossibilité de retour.
Pour la petite histoire, c'est ce statut qui fut demandé par les demandeurs afghans qui leur avait été refusé puisque le ministre de la Défense André Flahaut (PS) avait lui-même refusé, "pour ne pas empiéter sur les compétences du ministre de l'Intérieur", de reconnaître que l'Afghanistant était un pays en guerre. Comme le fait remarqué très justement Olivier Stein, il est très étonnant et interpellant de voir un ministre de la Défense craindre d'empiéter dans les compétences de son collègue de l'Intérieur quand il est question de dire si un pays dans lequel sont postés des soldats belges est un pays en guerre; il s'agit surtout d'un épisode de solidarité gouvernementale dont on probablement été victime les migrants concernés.

Plus généralement, à propos du rôle joué par le Parti Socialiste dans le vote de cette importante loi, le PS dit avoir contribué à en amender les aspects les plus attentatoires aux droits des demandeurs d'asile (c'est possible) mais a tout de même voté cette loi qui, on l'a vu, légitime l'aspect restrictif de la politique migratoire à travers ces procédés qui profitent de la moindre erreur (non respect d'un délai, ...) du demandeur d'asile pour l'écarter de la procédure et qui empêche toute évolution jurisprudentielle qui irait dans le sens d'une obtention du statut de réfugié.
Est-ce là une volonté du PS qui serait de restreindre au maximum les possibilités pour ces migrants d'obtenir un titre de séjour ?
Ou est-ce une méconnaissance flagrante des réalités des terrains" dixit Olivier Stein qui aurait été à la base du vote par les parlementaires socialistes de cette loi ?
Ou encore est-ce le manque de poids du Parti Socialiste dans le gouvernement qui l'empêche de prendre les mesures qu'il souhaiterait et de s'opposer aux mesures qu'il ne souhaite pas ?
Olivier Stein ne croit pas trop à ce dernier argument, constatant -probablement à raison- que le PS sait mettre du poids dans d'autres dossiers qui lui tiennent plus à coeur. Toutefois, je n'adhère pas totalement à cet avis, constatant que les autres partenaires de la majorité ne sont pas des partisants d'un assouplissement (...) des procédures migratoires (VLD et MR forcément, et le SP-A/Spirit aussi, vu le contexte flamand fait, entre autre, de peur du Vlaams Belang) et qu'il est tout à fait possible que le PS n'aie pas la marge de manoeuvre nécessaire pour influencer la prise de décision dans le sens d'une approche moins sécuritaire et procéduriaire.
Néanmoins, Je rejoints l'avis d'Olivier Stein sur le fait que c'est probablement (aussi) un manque de volonté des ministres socialistes francophones qui serait à la base de leur collaboration avec les partenaires gouvernementaux sur cette loi et sur des décisions aussi injustifiables soient-elles (des afghans qui ne pouvaient rentrer chez eux vu l'état de guerre reçoivent un ordre de quitter le territoire) du ministre de l'Intérieur.
Enfin, connaissant l'appétit de nos hommes et femmes politiques pour les effets d'annonce capables de leur procurer la reconnaissance individuelle et collective du bon peuple le jour des élections, il se peut que nos gouvernants socialistes préféreraient ces procédures de régularisation arbitraire plutôt que des procédures avec des critères clairs et permanents analysés par une Commission, en ce que l'arbitraire permettrait de mettre en lumière l'intervention (humaniste, voire salvatrice) d'un(e) ministre, d'un(e) député(e) voire d'un bourgmestre socialiste (par hypothèse).

(3) En ce qui concerne le Centre Démocrate Humaniste, sa position est particulièrement difficile à décrire. D'un côté, le parti rejoint le PS et Ecolo dans leur revendication d'une régularisation massive (à la différence que le CDH parle d'une régularisation "one shot" et dans un second temps des critères clairs et d'une commission permanente de régularisation); et de l'autre, on voit rarement Joelle Milquet et les quelques autres figures emblématiques du CDH prendrent publiquement position en la matière. De plus, certes on peut entendre des mandataires CDH s'exprimer sur ce dossier dans des débats (...) mais, à ma connaissance, on les voit rarement dans les manifestations et autres rassemblements réclamant la régularisation et une autre politique d'asile. Par exemple, lors de la manifestation organisée récemment à La Louvière, pas la moindre trace visible du soutien du CDH local, pourtant dans l'opposition communale et donc à l'abri de toutes les raisons policiennes qui l'empêcherait de militer pour cette cause.
Compte tenu de ces éléments, il est franchement difficile de croire que les éventuels futurs ministres fédéraux CDH auront la volonté qu'il faudra pour exiger une régularisation massive des sans-papiers, tant leur engagement semble guider par un positionnement politique dont je crains qu'il ne soit pas suivi d'actes, le cas échéant.

A propos des centres fermés, par l'intermédiaire de sa réponse au Mémorandum de la LDH, le CDH s'est exprimé, comme le PS, pour leur maintien sous conditions; à savoir, globalement, décision d'opportunité et de légalité par un juge, non enfermement de personnes inaptes médicalement, de mineurs non accompagnés et de familles avec enfants. Toutefois, plus que le PS au vu de sa réponse à la LDH, le CDH se dit favorable à toutes sortes de mesures visant à l'humanisation des centres fermés; telles qu'un plus grand accès aux centres pour les ONG ainsi qu'une Commission des Plaintes plus efficace pour se prononcer sur les plaintes des "détenus" des centres fermés.
Cela dit, je continue à penser que c'est bien trop peu pour un parti qui se dit "humaniste". Ne devrait-il pas purement et simplement exiger la fermeture des centres fermés, lieu de détention de six cents personnes qui n'ont d'autres torts que de chercher à tout le moins des conditions de vie plus dignes dans notre pays ? Le récent reportage de RTL-TVI sur les centres fermés nous a encore montré ce que sont réellement ces centres: des prisons (un peu) plus confortable que la moyenne dans lesquelles les détenus se demandent ce qu'ils font là et en vertu de quel droit (humain) les enferme-t-on. Quelle énorme détresse humaine en comparaison avec la très faible efficacité des centres fermés, comme nous l'avons indiqué dans la première partie de cet article.
Il me semble que le principe même du centre fermé va à l'encontre de tout "humanisme", à moins que cet humanisme-là ne soit pas celui du parti orange. Peut-être leur humanisme n'est qu'une dénomination stérile en engagements mais néanmoins susceptible d'attirer les déçus de la gauche et les électeurs complexés de droite ?
(4) En ce qui concerne ECOLO, au vu de leur abondant programme sur le thème "asile et immigration"(15 pages), les Ecologistes Confédérés pour l'Organisation de Luttes Originales apparaissent indéniablement comme la seule grande formation politique francophone désireuse de mettre sur pied une toute autre politique migratoire.
Dans les constats, ils dressent un constat très semblable à celui que j'avais dressé dans la première partie du présent article; à savoir celui entre autres de l'inhumanité ("une honte pour l'Europe et ses Etats-membres") et de l'inefficacité des (non) politiques migratoires mises en place par notre pays et ses voisins européenes depuis les années 90'("un échec").

Dans ses priorités en la matière, ECOLO propose premièrement d'"envisager transversalement la politique migratoire et (de) la décriminaliser". Derrière cette formule très théorique se trouve en réalité une idée très intéressante; à savoir celle de créer un Ministère des migrations qui reprendrait les compétences du Ministre de l'Intérieur en matière de politique des étrangers.
Comme l'indique le programme, "cette idée trouve son point d’ancrage dans le postulat qu’il faut sortir d’une gestion de l’immigration et de l’asile basée sur des impératifs sécuritaires".
Selon moi, cela permettrait avant tout d'envisager plus sereinement et plus généralement les politiques migratoires, en fonction d'impératifs sociaux au sens large et non plus en fonction des seules incidences de la présence des migrants sur la sécurité et l'intégrité du pays.
Toutefois, à
propos de cette idée assez centrale du programme d'Ecolo, Jean-Michel Javaux a indiqué au débat des Facultés Universitaires Saint-Louis que son parti pensait à supprimer ce point de son programme en raison de la création en France du Ministère de l'intégration et de l'identité nationale. J'avoue que je reste très dubitatif par rapport à ce souhait qui aurait été celui d'Ecolo que de supprimer de son programme cette idée pour cette raison. En effet, au même titre que j'estime que c'est lui faire honneur que de reconnaitre que la peur de l'extrème-droite fonde même partiellement l'approche restrictive des migrations du MR (comme l'avait dit A. De Decker dans le même débat), c'est donner raison à Nicolas Sarkozy et à son initiative très contestable de lier l'immigration et l'identité nationale que de battre en retraite au niveau de l'idée d'un Service Public Fédéral migrations.
En outre, on peut franchement penser que le citoyen saura assez aisément faire la distinction entre l'idée d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale et un ministère des migrations.

Autres priorités intéressantes d'Ecolo; création au sein du Parlement d'un comité M chargé de la surveillance des instances du droit d'asile et des politiques des étrangers au niveau du respect du droit belge et international, fermeture des centres fermés, fin des expulsions collectives et des accords de réadmission visant à l'expulsion dans les pays de transit (Maroc, ...), obtention plus simple du visa pour combattre la clandestinité, repenser les canaux d'immigration du regroupement familial (supprimer les barrières au regroupement familial, sous condition de la prise en charge) et du visa d'étude (favoriser l'accès pour les étudiants des pays en voie de développements), simplifier la procédure d'octroi de permis de travail pour les migrants (au début de la procédure, l'employeur fournit une promesse d'engagement, sous la condition de l'assurance qu'il n'y a pas de main d'oeuvre disponible pour cet emploi afin d'éviter le dumping social).

Au delà de ces propositions relatives principallement aux politiques migratoires actuelles, Ecolo propose de tourner le dos à la conception utilitariste de l'immigration dont font preuve les pays européens depuis toujours. En effet, les verts proposent d'adopter des normes de protections européennes et internationales protégeant les droits des migrants, les intérêts des pays d'origine et les intérêts des pays d'accueil.
Selon eux, la réglementation relative aux migrations débordent de la réglementation nationale telle qu'on l'envisage actuellement, et doit aussi prendre en considération l'intérêts des migrants et des pays d'origine. A la suite de développements de cet article, on ne peut qu'encourager une telle proposition qui va dans la sens d'une réglementation beaucoup plus large des migrations.

De plus, Dans la lignée de sa conception du monde et des migrations, Ecolo propose d'ouvrir un nouveau canal de migration pour raisons sociales, économiques ou humanitaires; signifiant implicitement la fin du pseudo stop migratoire en vigueur depuis 1974 puisqu'ils estiment que les canaux d'immigration existants ne sont "pas suffisants pour envisager les différents aspects des migrations". Il s'agit en réalité d'un canal d'immigration complémentaire des trois voire quatre autres (asile, regroupemement familial, études, insertion directe sur le marché de l'emploi) et accessible sous la condition de répondre à des critères liés à la situation de l'individu dans son pays d'origine. Innovation: la demande se ferait depuis le pays d'origine et il y aurait une répartition au niveau européen en fonction des capacités des Etats membres.

En outre comme on l'a déjà indiqué, Ecolo proposent de définir des critères clairs et permanents de régularisation et de créer une juridiction administrative de recours de plein contentieux des étrangers (permettre au Conseil du Contentieux des Etrangers d'avoir une compétence de pleine juridiction pour tout le droit des étrangers).
De plus, au niveau de l'intégration des nouveaux arrivants, un accompagnement intensif des migrants, une valorisation de leurs acquis et une lutte sans relache contre les discriminations sont les priorités d'Ecolo.

Enfin, Ecolo proposent une revalorisation du droit d'asile en tant que droit fondamental à distinguer des autres voies d'accès au territoire et une protection particulière pour les migrants vulnérables (femmes, mineurs non accompagnés, migrants malades et victimes de la traite des êtres humains).

Au vu de ces nombreuses propositions en la matière, je ne peux que me féliciter de voir une formation politique redevenu assez importante proposer autant de réformes intéressantes en matière migratoire, tant ces réformes vont dans le sens des constats et solutions décrites dans le présent article.
Cependant, dans une (nettement) moindre mesure que pour le PS et le CDH, on peut parfois douter de la volonté des mandataires écologistes de faire de cette question de la régularisation et de l'avenir des politiques migratoires une question centrale. En effet, dans leurs interventions publiques, les secrétaires fédéraux (et mandataires) d'Ecolo ne font que très rarement référence à cette question pourtant centrale dans leur programme ou bien, quand ils y font référence, c'est parfois sans plus de convictions. Par exemple, au débat des F.U.S.L., alors qu'Armand De Decker venait de dire qu'il était opposé à l'immigration économique entre autres pour des raisons de peur de l'extrème-droite, cela n'a pas suscité la moindre réaction dans le chef du secrétaire fédéral Jean-Michel Javaux dont on vient pourtant de voir que son programme de parti était très loin d'épouser ce genre de thèses.

Rien qu'à ce niveau là, c'est le grand écart entre d'un côté, l'attitude et le discours et, de l'autre côté, le programme (particulièrement réformateur en la matière).

Est-ce là un moyen de s'attirer les suffrages d'un certain électorat bourgeois-bohème sensible à la cause environnementale mais relativement conformiste pour le reste et qu'un tel programme en matière d'asile et d'immigration pourrait effrayer ? Si cela se vérifiait, on pourrait y voir un nouvel exemple du fait que tous les partis politiques -même ceux qui se disent "éthiques"- tirent profit du fait que la toute grande majorité des électeurs ne lisent pas les programmes électoraux pour fonctionner à part entière dans le cadre de la société de l'image et de la politique-spectacle.

Par contre, au niveau de la mobilisation pour la régularisation, il faut reconnaître que les militants et mandataires écologistes sont particulièrement impliqués et que leur attitude correspond cette fois parfaitement aux propositions du parti concernant les politiques d'asile et d'immigration.

Conclusions

Depuis la rédaction de la majeure partie de cet article, les élections législatives ont eu lieu et, beaucoup plus que prévu, cela aura indéniablement des conséquences sur les suites qui seront éventuellement apportées par le prochain gouvernement aux revendications concernant la régularisation (massive) des sans-papiers et l'avenir des politiques migratoires .

En effet, au niveau des formations politiques francophones, la situation au sortir des urnes indique que seuls le Mouvement réformateur et le Centre Démocrate Humaniste ont de bonnes chances de faire partie du prochain gouvernement; le Parti Socialiste étant hors-jeu vu sa déroute électorale et l'annonce de la non-participation du SP.A au gouvernement, alors qu'ECOLO ne souhaite logiquement pas monter dans un gouvernement dans lequel il ne serait pas indispensable et qui souhaitera mener des politiques de centre-droit.
Quant aux formations politiques flamandes, seuls le CD&V-NVA, l'Open VLD, voire Groen! peuvent prétendre à faire partie du prochain gouvernement; le SP.A ayant déjà annoncé sa volonté de rester dans l'opposition.
Traduction en terme de soutien à la régularisation des sans-papiers: les résultats des urnes ne laissent franchement augurés rien de bon, tant trois des quatres formations qui devraient être présentes au gouvernement (CD&V-NV.A, Open VLD et MR) sont hostiles à la cause de la régularisation alors qu'on imagine très mal le seul CDH (déjà pas particulièrement pionnier dans le combat) imposer la régularisation à l'agenda du gouvernement.
De plus, vu le résultat au nord du pays, tous les analystes sont d'accord pour dire que les négociations pour aboutir à la mise en oeuvre d'un accord de gouvernement vont être longues et surtout très institutionelles. On peut dès lors penser que la question de la régularisation des sans -papiers, bien exigée par une grande majorité des partis francophones, ne sera en tout cas pas une priorité du prochain gouvernement, tout au plus une mesure très limitée.

Cela dit, rien n'indique qu'il faille baisser les bras devant tant de perspectives peu réjouissantes.
Il faut que ceux qui croient que notre pays doit offrir une solution digne à ces migra
nts sans-papiers et enfin mener des politiques réalistes, humaines et modernes en matière de migrations continuent à faire vivre ce combat unique dans nos espaces publics et médiatiques.
Tel le philosophe Philippe Van Parijs (UCL) qui s'est fendu hier d'une émouvante lettre ouverte dans La Libre dans laquelle il racontait avec beaucoup d'humanité le parcours d'une famille de sans-papiers albanais qu'il avoue avoir aidé à échapper à l'expulsion, le combat pour la régularisation doit rester avant celui de la solidarité entre les hommes et les femmes de ce monde. C'est surtout cette exigence de solidarité qu'il s'agit de propager à travers les mouvements pour la régularisation, la régularisation proprement dite ne pouvant que suivre et consacrer cette solidarité. La plus belle preuve de reconnaissance et de solidarité envers nos frères et soeurs sans-papiers est que nous continuons le combat, pour être à leur côté et pour continuer à répéter que nous n'acceptons pas et que nous avons même souvent honte de ce que font nos gouvernants avec eux et avec les migrants en général.

A ce propos, il faut signaler qu'une manifestation nationale pour la régularisation des sans-papiers sera organisée dimanche après-midi dans les rues de Bruxelles. Voila une manière de montrer que, malgré les résultats des élections qui ne devrait pas être favorable à la cause des sans-papiers, la mobilisation reste importante et que la question de la régularisation des sans-papiers doit se trouver sur la table du prochain gouvernement, quel qu'il soit.

Quant aux profondes réformes que nos gouvernements vont devoir engager pour répondre aux défis du XXIème sièle en matière de mobilité, j'ai bon espoir que les solutions que nous avons évoqués tout au long de ces quelques (!) lignes soient un jour ou l'autre consacrées au nom de la mobilité et de la dignité de tous, tant on constate que les solutions actuelles ne répondent même pas à leurs objectifs et que, pour que ce soit le cas, il faudrait rendre tout cela beaucoup plus sécuritaire, au prix de violations constantes des droits et libertés de tous. L'Europe n'a franchement rien à gagner dans ce combat, appelons là plutôt à chercher une troisième voie, celle de la Sagesse.

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mardi 15 mai 2007

Sans-papiers et migrations: ne faites pas l'autruche! (1/2)

Il y a eu la grande campagne "ne faites pas le singe" qui avait pour objectif d'éradiquer des stades de football les comportements racistes très primaires de certains supporteurs d'une bétise déconcertante.Inutile de s'étendre sur le sujet; l'opération a été un flop majestueux, puisque les cris de singe se sont davantage faits entendre après le démarrage de la sensibilisation. Il faudra donc "revenir à la charge" pour voir cette racaille -entendu comme "ensemble d'individus méprisables", expression pour une fois parfaitement adaptée- quitter nos stades.

Aujourd'hui, à la veille -ou presque- des élections fédérales, un autre appel à la raison devrait se faire entendre.

Il s'agit cette fois de demander à ceux qui nous gouvernent de cesser de pratique la politique de l'autruche sur la question de la régularisation des sans papier et, plus généralement, sur celle des migrations.

La politique de l'autruche...

Peu de références internet définissent l'expression "politique de l'autruche", quoiqu'il y a toujours ce bon vieux Wikipédia pour nous proposer une sorte de définition: "Quelqu’un qui fait exprès de ne pas voir un danger qui le menace et dont il ne veut pas se soucier". Cette définition très sommaire doit sans nul doute être révisée pour l'adapter au présent propos, votre serviteur étant très loin de penser que l'immigration est un danger qui nous menace.

En lieu et place de ces considérations qui seraient profondément injustes et racistes, pratiquer la politique de l'autruche en la matière, c'est plutôt selon moi ne pas voir une situation/réalité qui existe -présence de quelque 100.000 sans papiers en Belgique/phénomène de migration intense lié à la mondialisation- dont on ne veut pas se soucier/tenir compte, en l'ignorant (1) ou en refusant d'adapter nos politiques au contexte qui est celui du monde mondialisé (2).

… pratiquée à intensité variable…


Il y aurait donc, selon moi, deux catégories de responsables politiques qui pratiquent la politique de l'autruche en cette matière.

(1) En haut de l'échelle, nous trouvons ceux qui "ignorent" la situation des sans-papiers sur le territoire, puisqu'ils estiment que les politiques mises en place par notre pays sont, entre autres, justes et doivent être respectées. Partant, ils pensent que prévoir une quelconque régularisation des personnes sans-papiers, en dehors de celle prévue par l'article 9 alinéa 3 de la fameuse loi du 15 décembre 1980 réglant le statut des étrangers (...), constituent une atteinte (non souhaitable) au sacro-saint légalisme. En d'autres mots, les formations et responsables politiques tenants de cette attitude sont en réalité les (premiers) défenseurs des "politiques" actuelles.

Schématiquement, les tenants de cette position sont, du côté francophone, le MR et, du côté néerlandophone, la quasi totalité des formations politiques.

(2) Plus bas dans l'échelle de la politique de l'autruche, nous pouvons placer ceux qui, bien que favorables à une régularisation -plus ou moins massive- des sans-papiers, ne prévoient pas de modifications plus ou moins substancielles des "politiques" migratoires mises en place par la Belgique. En d'autres termes, les tenants de cette position font preuve de clairvoyance (et parfois de courage) en s'engageant pour la régularisation des sans papiers, mais leur initiative restera selon nous sans effets véritables puisqu'ils soutiennent- implicitement- les "politiques" migratoires actuelles qui créent justement cette problématique des sans papiers.
En effet, si l'on ne change pas assez fondamentalement nos politiques en la matière, le "stock" d'individus sans papiers va très probablement se reformer dans les années suivants la prochaine (et probable?) régularisation, retirant au passage tout effet véritable/à long terme à cette régularisation; comme c'est le cas aujourd'hui - +-100.000 sans papiers en Belgique-, 7 ans après la régularisation (assez) massive de l'an 2000 (moins de 40.000 régularisations).
Cette position qui semble être celle d'une majeure partie de la classe politique favorable à la régularisation des sans papiers (PS et CDH) doit, selon nous, être qualifiée de "politique de l'autruche" en ce sens que ces personnes ne donnent pas l'impression de vouloir adapter nos politiques en matière de migrations au contexte de la mondialisation, avec tout ce que cela implique en terme de mobilité.

…mais symptomatique d’un même mal : l’absence de politiques adaptées.

Globalement, cette distinction fondamentale ayant été faite entre les tenants de l'une ou l'autre position, je veux ici mettre le doigt sur ce qui consiste à ignorer un phénomène qui concerne notre société et qui la concernera encore plus à l'avenir -le phénomène de la mondialisation et ses incidences-, au profit d'attitudes politiciennes visant à maintenir la population dans le mirage des politiques d'antan, capables de réguler (fortement) voire d'interrompre le flux migratoire.

Selon moi, être réaliste en cette matière, c'est comprendre que le phénomène migratoire, en plus de "faire partie de l’Humanité" disait Kofi Annan, est l'une des conséquences de la mondialisation, surtout de la mondialisation à deux vitesses telle que nous l'avons malheureusement toujours connue, et qu'il est à ce titre grandissant et irrémédiable.

Par conséquent, prévoir des politiques aussi restrictives en matière d'accès au territoire et laisser dans la clandestinité les exclus de ces politiques idéalistes, c'est précisément pratiquer la politique de l'autruche, dans l'ignorance des mutations et réalités de ce monde.

Celà dit, j'indique d'emblée la limite de cette tendance à la mobilité pour tous que devraient adopter selon moi les pays traditionnellement d'immigration. Il ne s'agit en effet pas d'entamer une opération "frontières ouvertes", au risque de mettre en péril l'équilibre socio-économique et la qualité de vie que les hommes et les femmes qui vivent dans nos pays sont aussi en droit de réclamer.

Je plaide plus pour le maintien de critères d'accès au territoire, à savoir des critères réalistes qui tiennent compte (a) de l'importance de la main d'oeuvre étrangère pour nos économies -largement sous estimée visiblement- et (b) de l'équilibre démographique de nos états.

(a) En effet, du point de vue de l'importance de la main d'oeuvre étrangère pour nos économies, il semble évident -un démographe français l'a encore récemment écrit dans Le Soir- que l'apport de la main d'oeuvre étrangère est une condition essentielle de l'ascension sociale des "autochtones". Avant que l'on me reprenne sur ce point, il me semble qu'il faut préciser que ce lien entre immigration et ascension sociale des "autochones" n'est pas remis en question par l'existence d'un important taux de chômage dans certaines régions du Royaume. En effet, à moins que l'on supprime ou diminue (très) fortement l'allocation de chômage et que l'on oblige ainsi le sans-emploi à gagner sa croute par n'importe quel moyen -ce qui serait assurément une régression dans la condition de l'Homme occidental-, il y aura toujours des tâches que l'"autochone" se refusera d'accomplir et qu'il "cédera" par conséquent au nouvel arrivant.

(b) Du point de vue de l'équilibre démographique, il faut bien constater que la population belge vieillit assez rapidement et que, dans ce cadre, la présence de concitoyens immigrés a un effet positif à cet égard, à la fois dans l'optique d'augmenter la population active et dans l'optique d'augmenter le taux de natalité.

En outre, au contraire de sa consoeur 'immigration' dont on parle énormément et qu'on a même marié avec la sulfureuse 'identité nationale' outre-Quiévrain, on évoque trop rarement le phénomène -tout aussi connexe à la mondialisation- de l'émigration. Comme le montre cette statistique officielle, le phénomène est en augmentation constante dans notre pays et provoque chaque année un déficit de population de 8.000 personnes (+-20.000 départs et 12.000 retours). Voilà donc déjà 8.000 personnes qui peuvent être remplacées par d'autres migrants sans toucher à l'équilibre démographique d'un Etat comme le nôtre et en réalisant au passage (probablement) une bonne opération économique puisque les nouveaux arrivants rallieront quasiment à coup sûr la population active, celle qui crée la richesse.

Le quadruple constat: inadaptation (1), inefficacité (2), contre-productivité (3) et arbitraire (4)

Depuis 1974, année de la "fermeture des frontières" (à l'immigration de masse), il existe trois voies d'accès au territoire: Le droit d'asile (reconnu en 1951 par la Convention de Genève relative au statut des réfugiés), le regroupement familial et le séjour d'étude.

(1) Du point de vue de la Loi, il n'y a donc pas place pour une quelconque immigration en dehors de ces trois voies d'accès. En dehors du regroupement familial et du séjour d'étude, il y a donc une distinction qui est faite entre les migrants dits "politiques" -que la Belgique a l'obligation d'accueillir en vertu de la Convention de Genève s'ils répondent aux conditions requises- et les autres "migrants" (économiques par hypothèse) qui se voient, presque en toute hypothèse, refuser l'accès au territoire .

Premièrement, on peut critiquer cette dichotomie qui est faite entre migrants "politiques" et migrants "économiques", qui permet d'exclure ces derniers.En effet, du point de vue de la souffrance humaine, peut-on vraiment dire qu'entre ces deux situations (celle de l'oppression politique, et celle de la misère) l'une est forcément pire que l'autre ? On ne voit pas en quoi il faudrait exclure celui qui, bien que ne vivant pas sous la menace de violences sur sa personnes (...), ne parvient pas à s'alimenter et -plus généralement- à pallier aux besoins de sa famille.Au même titre qu'il existe un devoir pour les Etats démocratiques d'acceuillir les victimes d'oppression politique, un devoir similaire existe également selon nous pour les pays riches vis-à-vis des victimes de la misère. N'y a-t-il pas d'aussi bonnes raisons de venir chercher, parfois au péril de sa vie, des conditions de vie décente dans nos pays? De plus, les migrants eux-mêmes dénoncent couramment cette distinction qui est faite entre réfugiés économiques et politiques puisque, provenant de pays dotés de ressources naturelles importantes, ils estiment être victimes d'une certaine oppression politique qui prend la forme d'un accaparement de ces ressources par le pouvoir en place (souvent soutenu par les pays occidentaux, du reste).
Deuxièmement, l'exclusion des migrants économiques a eu des répercussions importantes sur l'utilisation des trois voies d'accès admises par la Loi du 15 décembre 1980.
Dans un premier temps, le droit d'asile a été fortement "encombré" par des candidatures qui n'entraient pas dans les conditions requises et, au même titre que les demandeurs d'asile, les migrants qui désiraient bénéficier du regroupement familial ou du séjour d'étude étaient les victimes de haute suspicion de la part des autorités; puisque bons nombres de migrants usaient -peut on leur en vouloir?- de ces voies pour accéder au territoire sans répondre aux conditions requises.

Dans un second temps, à la grande satisfaction du ministre Dewael qui semble en avoir fait un objectif, le nombre de candidats au droit d'asile a fortement diminué, comme le montre cette statistique, mais l'encombrement du droit d'asile reste une réalité puisque que seulement quelque 10% des demandeurs d'asile obtiennent le précieux statut.
Toutefois, contrairement au grand chef du Service Public Fédéral Intérieur qui veut faire croire à ses électeurs que les mesures relevant de l'"Europe-forteresse" portent leurs fruits à travers la diminution du nombre de candidats, il n'y a absolument pas de quoi crier victoire. Simplement alertés par le fait que les chances d'obtenir un titre de séjour par le biais de la procédure d'asile sont très limitées, de plus en plus de migrants optent pour la clandestinité dès leur arrivée sur le territoire; souvent pour rejoindre les rangs du travail en noir et en espérant bénéficier un jour ou l'autre d'une régularisation. On assiste ici au sommet de la précarité, entendue comme "une très forte incertitude quant aux chances de pouvoir récupérer ou conserver une situation acceptable dans un avenir proche".

Au final, la problématique reste toujours bel et bien la même: les pseudo-politiques mises en place (le "stop migratoire" étant plutôt à considérer comme une absence de politique) ne sont pas adaptées aux réalités du terrain puisque quelque 100.000 migrants -dont une bonne partie travaille- se trouvent actuellement sur notre territoire sans le moindre statut légal (n'est-ce pas la démission de l'Etat de droit ?) alors qu'ils participent ou pourraient participer à la vie socio-économique du pays et qu'il y a très probablement des raisons "humaines" à leur offrir notre assistance et notre protection .

(2) Comme on l'a déjà indiqué, étant donné le nombre assez important de migrants qui vivent illégalement sur le territoire, on ne peut que constater l'inefficacité du "stop migratoire" toujours décrété à l'heure actuelle par la Belgique; exception faite des trois voies d'accès au territoire précitées. Celà relevant plûtot de l'inadaptation de cette pseudo politique migratoire, l'inefficacité qu'il faut surtout mettre en évidence vise plus spécifiquement le faible respect des décisions de l'administration en charge d'attribuer le titre de séjour.
En effet, comme le signale l'économiste Souhail Chichah (ULB), "plus de 90% des déboutés de la procédure d'asile ne sont pas expulsés" et, même dans le petit nombre de ces personnes qui transitent par les fameux centres fermés (capacité: 600 places), seuls 40% de ces "détenus" sont expulsés (volontairement ou par contrainte) du territoire, et quelques autres sont reconduits à la frontière et iront en fait grossir les rangs des sans papiers des pays voisins. Elle est loin la politique commune européenne en matière migratoire. Connaissant le nouvel occupant de l'Elysée, Il ne reste alors plus qu'à espérer, dans le chef des migrants concernés, de ne pas être reconduit outre Quiévrain, là où il ne fait probablement plus bon du tout d'être "sans papiers".

Cela étant, on pourrait penser que des politiques plus "dures" appliquées aux migrants déboutés de la procédure d'asile pourraient sans trop de difficultés pallier à cette inefficacité. C'est sans compter les énormes difficultés tant matérielles (interception des migrants concernés dans un Etat de droit où la présence policière est forcément limitée), financières (le coût des expulsions est très élevé, sans parler du coût des centres fermés: plus de 41.000.000 € d'investissements et +-13.000.000 € de frais de fonctionnement en 2005) et surtout morales (mort de Semira Adamu lors d'une expulsion, violences au centre fermé de Vottem, rébellion des autres voyageurs lors des expulsions empêchant l'avion de décoller, condamnations de la Cour Européenne des Droits de l'Homme...).

(3) Mais les non-politiques actuelles ne se limitent pas à être inadaptées et inefficaces, elles sont aussi souvent contre-productives. Les mesures prises, centres fermés et/ou ordre de quitter le territoire, avaient pour objectif de préparer le migrant à son éloignement ou d'ordonner son départ endéans un certain délais. Dans la pratique, comme l'indique Souhail Chichah à l'instar de praticiens du droit des étrangers que j'ai rencontré, ces mesures créent in fine des clandestins. Pour reprendre l'exemple que donnent l'économiste de l'ULB dans son excellent article, 55% des migrants détenus dans le centre fermé de Vottem en 2003 ont été relachés avec un ordre de quitter le territoire endéans les 5 jours, les "plongeant de fait dans la clandestinité". Autrement dit, on voit que l'Office des Etrangers dressent bon nombres d'ordres de quitter le territoire qui, étant donné le manque de moyens financiers des migrants et le contexte de l'Europe forteresse (une fois parvenu à l'intérieur de la forteresse, les migrants y restent), sont impossibles à appliquer/faire respecter dans les faits. C'est précisément en celà qu'ils sont contre-productifs puisque qu'une mesure d'éloignement aboutira le plus souvent à diriger le migrant concerné vers l'existence clandestine sur le territoire.

(4) La décision d'attribuer ou non le titre de séjour à un candidat-réfugié est laissé à l'administration de l'Intérieur. Partant, l'aspect arbitraire de la décision semble être une réalité puisque, profitant du fait que l'absence de critères clairs autorise semble-t-il l'intérpretation, il n'est pas rare, selon les praticiens, que deux individus au dossier très similaire reçoivent des décisions contradictoires à leur candidature en tant que réfugiés politiques; l'un obtenant le statut de réfugié, l'autre étant débouté.

Les constats et le double language politicien

Face à de tels constats qui semblent franchement évidents, la conscience de la problématique existerait, selon des spécialistes en la matière, dans le chef de beaucoup de responsables politiques. Là ne serait pas le problème.

Témoin, la réponse formulée par le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael au député Vlaams Belang Karim Van Overmeire (qui s'explique en long et en large sur son site internet à propos son beau prénom, en niant au passage avoir une quelconque origine "allochtone" -en dehors de son arrière grand-mère espagnole, née avant la démocratie, ouf- et surement pas musulmane. Reconnaissons que la précision était nécessaire, la chose étant mal vue dans le milieu).

A l'interpellation du sénateur d'extrème-droite qui tremblait déjà à l'idée que Patrick Dewael allait rompre- selon un essai publié par le ministre- le "stop migratoire" pour instaurer un quota d'immigration décidé au niveau européen, le ministre de l'intérieur a eu ces deux phrases qui sonnent comme des aveux de l'inadaptation ou en tout cas de l'inefficacité du stop migratoire et des mesures qui s'y rattachent:
" Le stop migratoire officiel n'empêche pas les immigrants de continuer à arriver en Europe, souvent dans des conditions inhumaines. Même en renforçant la sécurité aux nouvelles frontières extérieures, nous ne réussirons pas à ériger une « forteresse Europe »" .

De plus, lors de cette même interpellation, Dewael reconnaît l'intérêt de rompre le "stop migratoire" d'un point de vue socio-économique et démographique: "Nous aurons vraisemblablement besoin de ces personnes à l'avenir pour assurer la viabilité de notre économie et de notre sécurité sociale. Étant donné la baisse de la natalité et le vieillissement de la population, la Belgique comptera dans un avenir pas si lointain plus de pensionnés que de personnes actives" .

Toutefois, il n'y a pas de quoi se réjouir, puisque le ministre confirme que "la procédure d'asile doit être maintenue de même que notre adhésion à la Convention de Genève mais seuls 10% des demandeurs d'asile le sont réellement. Une lutte énergique contre l'immigration illégale s'impose donc à bref délai". Cette intervention de Patrick Dewael est donc particulièrement symptomatique de ce double language électoraliste pratiqué par bons nombres de mandataires politiques sur la question migratoire. D'un côté, il s'agit de reconnaître que le "stop migratoire" en vigueur est impossible à mettre en oeuvre et qu'il serait profitable pour le pays de rompre ce stop migratoire pour des raisons socio-économiques et démographiques. De l'autre, il faut faire bonne figure devant ses électeurs en montrant que l'Etat peut encore contrôler les flux migratoires ou, en tout cas, en ne montrant pas devant l'opinion publique que l'Etat recule devant les réalités de l'immigration. Dans le même ordre d'idée, il faut répondre aux inquiétudes de la population à la fois par rapport à l'important taux de chômage constatable dans certaines régions et par rapport aux peurs exagérées voire fantasmées dont certains concitoyens font preuve vis-à-vis de l'immigration.

Bref, comme l'analyse très clairement Souhail Chichah, pour des motifs purement électoralistes, cette approche sécuritaire("d’un impact considérable en terme de communication politique" en ce qui concerne en tout cas les centres fermés) prend le dessus sur les considérations de rationalité économique et démographique, aussi évidentes soient elles.

On ne peut qu'épingler ici une déviance inquiétante de l'action politique; guidée alors non par un projet politique quelconque, mais en fonction de l'impression à donner à l'électeur des réponses à apporter à des peurs globalement non justifiées de la part de la population.

Dans la deuxième partie de cet article (qui paraîtra dès que votre serviteur sera revenu de sa retraite studieuse), nous aborderons la position des formations politiques sur la question de la régularisation des sans papiers et aux (non-) politiques migratoires pour finir sur une conclusion critique mais néanmoins constructive.

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lundi 12 février 2007

Le VLD n'a pas dit son dernier mot...

Depuis longtemps, dans la course au 16 rue de la loi, on semblait avoir vendu la peau de l'ours. Il faut dire qu'avec ses 10 points d'avances dans les sondages, on pourrait difficilement renier sa place de favori au CD&V pour faire adouber son candidat Yves Leterme au poste de premier ministre. Mais c'était peut-être sans compter sur la pugnacité des libéraux flamands...

Le VLD avait connu une année 2006 assez noire : purge des sénateurs fascisants Coveliers et Dedecker, chute vertigineuse dans les sondages...
Alors forcément, pour inverser la tendance, le VLD est à la recherche d'une dynamique. Tout d'abord, un repositionnement : Depuis qu'il s'est débarrassé de son aile droitière, le VLD se présente désormais comme un parti du centre progressiste.
Ensuite, un visionnaire : Le premier ministre, que la presse écrite décrivait comme "gonflé à bloc", prend sa plus belle pose d'homme d'état pour lancer son nouveau Manifeste du Citoyen, plaidant pour une société ouverte ainsi que pour une "troisième voie" concernant la réforme de l'Etat.
Enfin, un nouveau nom : Comme certains l'avaient déjà deviné en remarquant l'insistance de Guy Verhofstadt sur la rhétorique de "l'ouverture", le VLD se présentera aux prochaines législatives sous le nom "Open VLD".

Quelques commentaires...

Tout d'abord, à propos de la "fusion" entre le VLD et son partenaire de cartel Vivant. Chez le petit parti de Roland Duchatelet, on dénie fermement s'être fait "gober" par le VLD. Cependant, avec une liste électorale commune et un programme commun, on voit mal où se situe encore la spécificité de Vivant au sein de la nouvelle entité. De plus, qu'en est-t-il du principal point du programme de Vivant, et qui constituait même une des raisons de la fondation de ce parti, à savoir l'instauration d'une allocation universelle ? Fait-elle partie du programme de l'Open VLD ? Les médias n'en ont pas pipé mot. Il faut aller lire la déclaration fondant le programme commun des deux formations pour trouver deux paragraphes plaidant pour une modèle "de revenus de base" ("basisinkomens") en lieu et place de celui des revenus de remplacement. Une formulation de compromis pour ne pas trop engager le grand frère VLD dans cette voie ?

- Concernant la repositionnement idéologique, on est soulagé de voir un revirement dans la tendance à la radicalisation du discours qui a prévalu ces dernières années chez les partis flamands, suivant les traces du Vlaams Belang. En plaidant pour une "société ouverte", le VLD plaide aussi pour une vision positive de l'immigration. Voilà pour le principe. Deux bémols cependant au niveau de son application : D'abord, comme le précise un libéral flamand dans La Libre, "cela n'empêchera pas le ministre Dewael de continuer à prôner une politique ferme d'une immigration contrôlée". Ensuite, cette vision positive de l'immigration prône en fait le modèle de "l'immigration choisie", qui vise à trier sur le volet les travailleurs qualifiés qui pourront immigrer en Belgique, une politique déjà appliquée au Canada et qui pourrait avoir des effets désastreux en matière de fuite des talents et des cerveaux dans les pays du Sud.

- Finalement, à propos des propositions de l'institutionnel : ce n'est pas la première fois que le bon Guy nous parle d'une troisième voie. Mais ici, il ne s'agit plus d'Etat social actif : on parle plutôt d'un juste milieu entre séparatisme et immobilisme. Qui sont les "séparatistes" et qui sont les "immobilistes" ? On n'en saura pas plus, l'auteur de la formule refusant de préciser qui il vise. Ainsi, chacun pourra l'interpréter comme il l'entend, et personne n'est vraiment vexé. Mais passons les contorsions langagières, et abordons le fond.

L'idée phare de cette troisième voie est qu'il faut non seulement donner plus d'autonomie aux régions, mais aussi renforcer l'état fédéral.
Importante concession de principe : oui, il est possible de refédéraliser une compétence auparavant confiée aux régions. Cependant, comme le note Pierre Bouillon dans le Soir du 10/02, la seule proposition concrète de matière à refédéraliser, ce sont les normes de bruit. Alors même que c'est grâce à la compétence de la région bruxelloise dans ce domaine que l'Etat fédéral a fini par être condamné au paiement d'astreintes en cas de non-respect de ces normes (astreintes qui vont finalement pouvoir être exigées grâce à un jugement récent).

Nombreux sont ceux qui voient dans ce programme une série d'appâts destinés à attirer les francophones à la table des négociations. Parmi ces appâts, outre l'idée de la refédéralisation, citons également l'octroi de nouveaux moyens pour la région bruxelloise, ainsi que le soutien à la proposition d'une circonscription électorale fédérale (dont nous reparlerons très bientôt). Mais ne faut-il pas saluer le changement de ton, après l'épisode de l'exigence par tous les partis flamands de la scission de BHV sans contrepartie ? De plus, le VLD ne propose pas seulement d'échanger des transferts de compétences contre des moyens financiers (ce qui a souvent été le cas dans le passé), mais également contre des réformes structurelles. Ne faut-il pas y voir une évolution positive du dialogue institutionnel ? Reste à voir, bien entendu, s'il s'agit d'apâts ou de réelles concessions; si la proposition de refédéralisation sera élargie à d'autres domaines où si, ne servant finalement que les intérêts flamands, elle restera vidée de sa substance.

Cette soudaine ouverture de la part des partis flamands au niveau de la réforme institutionnelle est accueillie avec beaucoup de prudence chez les francophones, à raison me semble-t-il. Tout comme le "refus du séparatisme" affirmé par le VLD doit être considéré comme positif mais insuffisant, d'autant qu'il risque d'être déforcé par une profession de foi similaire de la part du CD&V, le plus belgicide des partis flamands. On peut néanmoins rêver d'un débat institutionnel enfin constructif, qui aurait en vue l'intérêt de la "Fédération" toute entière plutôt que des différentes régions qui la compose.

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