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EBE (ancienne adresse): Basse Saxe et VW : Nos travailleurs d'abord ?

samedi 25 novembre 2006

Basse Saxe et VW : Nos travailleurs d'abord ?

Depuis l'annonce mercredi dernier de la catastrophe sociale qui menace près de 4000 emploi à l'usine Volkswagen de Forest, les commentaires et analyses n'ont pas manqué. Et parmi ces réactions, une interprétation des causes de cet évènement m'a particulièrement surpris.

D'après certains , il ne s'agirait nullement d'une conséquence du capitalisme mondialisé, mais au contraire si un tel licenciement massif a pu se produire ce serait précisement parce qu'on a pas suffisamment laissé jouer le marché.

Alors ces allemands, protectionnistes ? Assurément. Et nous l'aurions été tout autant, s'il avait fallu choisir entre des emplois belges ou des emplois allemands. Si IGMetal a pu sauver ses affiliés allemands au détriment des travailleurs belges, c'est parce qu'il n'existe aucun dialogue en Europe entre les différents syndicats nationaux. Si les allemands ont pu décider de travailler plus sans augmentation salariale, c'est parce qu'il n'existe aucuns minima sociaux en Europe. Par contre, le marché libre est bien là, lui. Or un marché de libre concurrence sans normes sociales communes, voilà le terreau idéal du dumping social.

Autrement dit si cette dérive a pu se produire, ce n'est pas parce que le capitalisme n'est pas suffisamment libre, mais parce qu'il n'est pas suffisamment régulé ! Mais cette régulation doit avoir lieu au niveau européen, et bien sûr c'est là que le bât blesse. Car non seulement il n'existe aucune harmonisation des minima sociaux, mais qui plus est, depuis le début de la construction européenne les préoccupations sociales ont toujours été subordonnées au marché (cf. l'article à ce sujet, dans Le Soir d'aujourd'hui). De plus, il n'existe pas de modèle social européen, et son élaboration n'est pas pour demain, vu que la tendance dans les gouvernements des états-membres est plutôt à droite.

Une analyse intéressante (également dans le Soir) lie les récents évènements à Forest à un changement de nature du capitalisme : on assisterait actuellement à une financiarisation de l'économie, celle-ci échappant de plus en plus aux entrepreneurs pour être d'avantage contrôlée par les fonds de placement et aux fonds spéculatifs. Ce qui expliquerait les phénomènes de dégraissage ou de rationalisation d'entreprises en bonne santé économique (comme Volkswagen), que nous connaissons ces dernières années.

Mais n'oublions pas un autre phénomène structurel, à l'oeuvre depuis la révolution industrielle : la mécanisation du travail. L'industrie automobile fait partie des secteurs qui ont été le plus touchés par ce phénomène. Les gains de productivité résultant de l'amélioration technologique conduisent inévitablement à rendre une partie de la main d'oeuvre humaine superflue, la demande d'automobile en Europe n'étant pas en croissance infinie (la couche d'ozone lui en est reconnaissante d'ailleurs ^^).

Sur ce sujet, je vous recommande chaudement "La fin du travail" (même si je n'ai pas encore fini de le lire ^^), où J. Rifkin défend la thèse selon laquelle la société ne serait plus capable de créer suffisamment d'emplois nouveaux pour compenser ceux perdus à cause de la mécanisation du travail. D'après lui, il faudrait donc cesser de se voiler la face avec des mythes comme celui du plein emploi, et répondre pleinement au défi posé par l'inactivité structurelle d'une partie de plus en plus grande de la population.

Enfin, en attendant, il ne nous reste qu'à espérer qu'une solution sera trouvée au plus vite pour ces 4000 travailleurs sur le carreau qui ne peuvent même pas (faute d'avoir reçu leur C4) chercher un autre boulot et qui vivent sur leur 25€ d'indemnisation de grêve...


[N.d. Xime : Merci encore à Loïc et à sa mémoire d'éléphant, grâce à qui le post qui était perdu est à présent retrouvé !]

16 commentaires:

Plouf a dit…

Le débat est également ouvert sur ce le site www.expression-libre.eu/vw-forest ça vaut la peine d'aller y mettre un lien vers ce bon billet...

Franky ki a dit…

j'ai tenté d'y ajouter le lien mais j e ne comprends pas vraiment le fonctionnement de ce site...

Xime a dit…

C'est bon, je l'ai fait :)
Par contre je ne comprends vraiment ce système de trackbacks, ça n'a pas l'air de fonctionner des masses...

Frédéric Bastiat a dit…

Si les allemands ont pu décider de travailler plus sans augmentation salariale, c'est parce qu'il n'existe aucuns minima sociaux en Europe. Par contre, le marché libre est bien là, lui. Or un marché de libre concurrence sans normes sociales communes, voilà le terreau idéal du dumping social.

Des minima sociaux en Europe ? Vous voulez foutre 50% des européens de l'est au chômage ? Un employeur n'engage quelqu'un que lorsque la productivité marginale anticipée de celui-ci (la valeur supplémentaire qu'on espère le voir créer) est supérieure à sa rémunération (brute...). La productivité (qui dépend du capital humain et du capital physique) des européens de l'est étant encore (pour combien de temps ?) nettement inférieure à celle des européens de l'est, harmoniser les minima sociaux européens reviendrait à créer un VW-Forest puissance mille chez les nouveaux entrants.

Mais n'oublions pas un autre phénomène structurel, à l'oeuvre depuis la révolution industrielle : la mécanisation du travail. L'industrie automobile fait partie des secteurs qui ont été le plus touchés par ce phénomène. Les gains de productivité résultant de l'amélioration technologique conduisent inévitablement à rendre une partie de la main d'oeuvre humaine superflue, la demande d'automobile en Europe n'étant pas en croissance infinie (la couche d'ozone lui en est reconnaissante d'ailleurs ^^).

Sur ce sujet, je vous recommande chaudement "La fin du travail" (même si je n'ai pas encore fini de le lire ^^), où J. Rifkin défend la thèse selon laquelle la société ne serait plus capable de créer suffisamment d'emplois nouveaux pour compenser ceux perdus à cause de la mécanisation du travail.


Foutaises ! Votre Rifkin ferait bien de relire ses classiques : http://bastiat.org/fr/cqovecqonvp.html#les_machines

Le marché du travail, comme tout autre marché à condition qu'il ne soit pas entravé par l'Etat, tend vers l'équilibre. La tendance à la baisse du temps de travail va évidemment se perpétuer mais, dans le futur comme dans le passé, cela sera dû à l'augmentation de la productivité et non pas aux "luttes sociales" (je précise d'emblée que la justesse d'une cause ne s'évalue pas au nombre de ses martyres...) ou à une quelconque législation sortie d'un cerveau à l'ego surdimensionné.

Thierry a dit…

Xime,

"Alors ces allemands, protectionnistes ? Assurément. Et nous l'aurions été tout autant, s'il avait fallu choisir entre des emplois belges ou des emplois allemands":

"Nous"? Parlez-vous du gouvernement ? des syndicats ? de la voix de la rue ? Jusqu'à quel niveau faut-il selon vous décourager le travail et l'investissement ?
Je ne vois vraiment pas de quel principe l'on se prévaudrait pour obliger un pays dynamique à régler ses politiques socio-économiques sur celles d'un voisin impécunieux et attaché à ses vieux privilèges.

Quant aux théories sur la "fin du travail", je vous conseille la lecture du texte suivant qui démonte ce canard ridicule:

http://www.mises.org/journals/qjae/pdf/qjae3_1_10.pdf

Un seul exemple:
"(...) there is no decrease, rather a marked increase in employment.
In the period between 1975 and 1995, employment increased by more than 40 percent in the U.S., Canada, and Australia, and by more than 20 percent in Japan and Switzerland. Even in the European Union there has been a slight overall increase in employment. This reflects a huge increase in the world population, with the world’s labor force growing by 630 million persons between 1980 and 1994.
As in the nineteenth century, capitalism has again managed to integrate countless people, especially young and poor persons, into a world-encompassing network of division of labor. The above figures furthermore contradict the idea that IT leads to unemployment. In fact, the leaders of IT industries, Japan and the U.S., have experienced a marked growth of employment figures."

Xime a dit…

Thierry > Alors, concernant la fin du travail, je ne suis pas forcément un disciple de Rifkin, mais j'aimerais apporter mon commentaire à propos des chiffres du chômage :

Un premier problème avec le chômage c'est la façon dont on le mesure. C'est pourquoi on fait souvent la différence entre le chômage réel, et le chômage mesuré ("measured unemployment"). Ce chômage mesuré fait l'objet d'une vive critique aux Etats-Unis, car ses chiffres ne tiennent pas compte de :
- ceux qui, bien que présentant les conditions d'âge pour rentrer dans la catégorie des actifs, ne sont pas ou plus à la recherche d'un emploi ; les "disparus"
- la part importante de la population en âge de travailler qui est incarcérée (j'ai vu quelque part le chiffre de 1.5% en 1999)

De plus, l'autre argument qui vise à réfuter l'optimisme vis à vis des chiffres du chômage aux Etats-Unis est la précarité des emplois créés (intérims, CDD, etc.), ainsi que la forte inégalité salariale.

(cf. à ce sujet l'article suivant des économistes américains Krueger et Katz : http://www.irs.princeton.edu/pubs/pdfs/416.pdf )

Frédéric Bastiat > Quant à savoir si la baisse du temps de travail (qui est une mesure préconisée par Rifkin mais que personnellement je trouve trop timide) se produira naturellement ou par l'effet de revendications politiques : voilà deux hypothèses qui dépendent chacune de l'interprétation idéologique que nous faisons de la réalité... l'essentiel étant que nous nous accordions sur sa survenue ^^


Pour revenir au sujet du post ^^ : les minima sociaux européens oui mais graduellement, il est évident qu'il ne faudrait pas étouffer les pays de l'Est avec des minima sociaux uniformes trop haut pour eux (qu'ils n'accepteraient de toute façon pas) mais plutôt les pousser vers une élévation graduelle des droits sociaux dans toute l'Europe, si du moins l'on veut éviter une généralisation du phénomène du dumping social.

laurent a dit…

Boujour à mon ami Franky,

Excellent article sur http://constantinia.blogspot.com/
ça vaut la mention et une lecture attentive.

Xime a dit…

laurent > Youpii, un blog libertarien ...

Et cet article-ci, qu'en as-tu pensé ? :p

laurent a dit…

je fais le tour de bcp de blogs tels celui-ci, je viens de le mettre ds mes marque-pages, très intéressant.
Bon travail

Franky ki a dit…

merci laurent..
Cela nous va droit au coeur!
a+
ps: as tu assister à la conférence de big loulou hier à st louis?

Cab a dit…

Moi ce que j'aime dans ce genre de problématiques, c'est qu'on crie directement au scandale, au drame social, etc. alors qu'avant même qu'on ait vraiment fermé l'usine :
1) on l'a déjà potentiellement réouverte puisque l'audi A1 (très jolie d'ailleurs) y sera peut-être produite dès 2009.
2) notre brave Guy est déjà en train de parlementer avec les dirigeants de VW.
3) vu le manque incroyable de main d'oeuvre non qualifiée à Bruxelles, je vois pas trop où est le problème. D'ailleurs, en même pas une semaine, 2000 offres d'emplois ont déjà été proposées aux ex-futurs licenciés éventuels. Alors, une tempête dans un verre d'eau ?

Par ailleurs, j'aimerais que les médias cessent de se focaliser sur les grandes entreprises. C'est fatiguant à la fin. Ce ne sont pas elles qui produisent la richesse. D'aucuns savent (enfin j'espère) que la force vive d'une économie, ce sont les PME. Or, dans ce domaine, on ne fait pas grand chose. Je ne suis pas vraiment socialiste, mais j'approuve tout à fait le droit social dans les grandes entreprises, pour lesquelles les travailleurs ne sont que des numéros interchangeables. Je pense même qu'il faut parfois aller plus loin que ce qui existe. Je vois pas pourquoi on cherche toujours à faire des facilités (enfin, si, je vois : c'est un moyen pour les politiques de créer beaucoup d'emplois à moindres frais) à ces grandes multinationales déshumanisées qui ne rapportent pour finir que pas grand chose aux pays dans lesquels elles s'implantent, si ce n'est des masses de working poors.
Par contre, dans une PME, les choses sont différentes et j'estime nécessaire que l'on produise des réglémentations plus souples pour celles-ci. Pour paraphraser notre ami Sarkozy (qui, soit dit en passant a été très bien hier sur France 2), le droit du travail n'a jamais été aussi rigide et la précarité jamais aussi grande. Pourquoi ne se pose-t-on pas de question ?
Il est évident qu'un employeur réfléchit à deux fois avant de donner un CDI à un employé. Ca représente tant de contraintes. Moi, je souhaite que le marché de l'emploi se fluidifie et qu'on évolue vers une société où on change plus souvent d'emploi. Déjà ça rendra la vie professionnelle moins monotone, mais surtout, à mon sens, cela engendrera un chômage moindre et moins long puisque dès lors que l'on assouplit les conditions d'embauche et de débauche, les employeurs sont moins tentés de multiplier les CDD, les intérims, etc...

Xime a dit…

Juste pour réagir sur ton 1) : Oui, on parle de plus en plus de maintenir 3000 emplois à Forest à partir de 2009, mais pour celà il faudra que l'usine produise "à des conditions compétitives par rapport aux usines allemandes". Ce qui concrètement implique une baisse des salaires; encore un joli effet du dumping social. Tout n'est donc pas si rose...

Cab a dit…

Ouais 'fin, baisse des salaires, c'est un grand mot : travailler 38h/sem au lieu de 35h pour le même prix, c'est pas mortel et c'est surtout mieux que d'être au chômage.
Mais je le concède volontiers, c'est honteux d'imposer ça quand l'entreprise fait des bénéfices... Ça devrait être interdit.

Franky ki a dit…

J'ai vraiment l'impression que dans ce système libéral, il faut presque compter sur l'hypothétique humanisme de certains gestionnaires et/ou actionnaires pour éviter des restructurations non indispensables et autres chantages...
Comme tu le dis, Cab, il devrait être interdit de "tenir ainsi les gens par les couilles" lorsque cela n'est pas "indispensable". C'est le moins qu'on puisse dire puisque même quand cela s'avère "indispensable" pour contrer des pertes financières, il y a parfois d'autres possibilités de remonter la pente que de virer du personnel. Je pense surtout à l'innovation, qui reste, selon moi, le grand critère de réussite d'une entreprise mais qui est aussi peut être plus dur à mettre en oeuvre que de préparer une restructuration ou de modifier en son avantage les conditions de travail.
En clair, j'estime que le libéralisme ne pourrait fonctionner qu'avec des gestionnaires et actionnaires formés à autre chôse qu'à la rentabilité économique. Il faudrait faire comprendre à ces importants acteurs de nos sociétés qu'ils ont une responsabilité vis-à-vis de la société en générale, qu'ils ont parfois le sort de milliers de familles entre les mains. Et que c'est cela qui doit prendre le dessus sur la pure rentabilité économique.
En clair, comme c'est souvent le cas, l'individualisme (une valeur libérale) tue le libéralisme. La preuve que le libéralisme est une douce utopie. Au même titre que le socialisme, l'écologisme ou l'humaniste.
La vérité doit probablement se trouver entre tous ces "modèkes".

Cab a dit…

Ben y'a pad 45 façons : il faut limiter l'actionnariat et la spéculation boursière, interdire l'existance de grand actionnaires (+ de 20% des parts), ...
Bref, limiter drastiquement toute la partie virtuelle de l'économie.

Par contre, là où je ne suis pas d'accord avec toi, c'est qu'il est évident que quand une entreprise va mal, licencier du personnel est la chose à faire. Il n'y a rien de plus déplorable que de voir l'ensemble des employés s'accrocher à leur emploi et de ce fait, faire couler toute l'entreprise. S'il y a d'autre pistes que le "dégraissage", bien sûr qu'il faut les suivre, mais en général, c'est rare. Quand à l'innovation, ça prend des années avant qu'un produit conçu ne devienne rentable. Alors tu peux pas de demander à une entreprise qui val mal de ne pas licencier et d'investir le peu qui lui reste dans l'innovation. C'est tout simplement suicidaire à court terme.

Je crois juste qu'il faut dérigidifier le marché pour qu'on cesse de faire passer pour un drame la perte d'emploi. Vu les indemnités de licenciement et les possibilités de reclassement, je vois pas où est le mal. Il suffit de rendre le marché du travail encore plus flexible et perdre son emploi ne sera plus si grave puisque tout le monde pourra facilement retrouver du travail. Je ne pense pas que ce soient les licenciements qui soient le problème. Au contraire, ce n'est qu'un effet de la mondialisation auquel il faudra s'adapter. Par contre, ce qu'on peut interdire, parce que c'est immoral, ce sont les délocalisation quand l'entreprise fait des bénéfices et toutes sortes de pratiques infectes du style.

Franky ki a dit…

je suis assez d'accord avec toi, mais je me suis peut être mal exprimé.
Je parlais de l'innovation comme une solution à une baisse des ventes de l'entreprise, dans le cas d'entreprises comme InBev qui, constatant une légère baisse des ventes en europe occidentale, n'a eu aucun mal à délocaliser dans les pays de l'Est. Dans le cas du marché de la bière, il me semble évident que c'est en créant de nouveaux produits que l'on gagne de nouvelles parts de marché. Le marché de la bière est un marché dans lequel on constate peu d'innovations, alors que j'ai sincérement l'impression que la plupart des nouveaux produits fonctionnent.
Pour prendre un exemple, la brasserie de ma bourgade (Brasserie St Feuilien) a lancé voici quelques années une bière blanche fruitée à l'arôme de fruits des boits et ce produit a gagné pas mal de parts de marchés sur la kriek belllevue...au point que cette bière Grisette a désormais dépassé la célèbre St Feuillien en terme de ventes.
Mais bon, comme tu avais l'air aussi de le regretter, il est probablement plus facile pour les financiers essentiellement brésiliens ajd'hui à la tête d'InBev de délocaliser plutôt que d'investire dans un nouveau produit..

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