Et 148 jours plus tard, la Belgique n'est toujours pas morte

Après des mois de surplace, les négociateurs oranges et bleus entrent enfin dans le vif du sujet : l'institutionnel, et le dossier BHV en particulier. Et le rythme risque bien de s'emballer, avec la pression des parlementaires flamands qui menacent de faire passer la scission en force à la Chambre, par un vote communauté contre communauté. Les scénarios les plus dramatiques circulent à propos de ce cas de figure, et il ne me semble pas inutile de rappeler une chose ou l'autre :Pour prévenir un tel "fait d'arme", il existe le mécanisme dit de "la sonnette d'alarme" (art. 54 de la Constitution) qui permet aux deux tiers des députés d'un groupe linguistique de bloquer un projet ou une proposition de loi, avant le vote final en séance, s'ils estiment qu'il est de nature "à porter gravement atteinte aux relations entre les communautés". A partir de ce moment, le conseil des ministres a 30 jours pour rendre un avis motivé sur la question. Mais d'après Marc Verdussen (UCL), "Si le gouvernement n'est pas en mesure de jouer ce rôle, parce qu'il est démissionnaire, il paraît logique de vouloir attendre l'arrivée de son successeur".
Pareil pour la procédure en conflit d'intérêt (art 32 de la loi du 9 août 1980), qui est susceptible d'atterrir devant le comité de consultation, composé des exécutifs des différents niveaux de pouvoir, en ce compris le fédéral.
Pas de risque d'une scission unilatérale donc. Par contre, du point de vue politique, il est probable que les conséquences de telles péripéties soient désastreuses : elles risqueraient de ruiner la confiance - mitigée - au sein de orange bleue en gestation, et d'aboutir à la rupture des négociations. Dans ce cas, deux solutions possibles : Soit la recherche, sur base des résultats du 10 juin, d'une nouvelle coalition (une tripartite probablement, voire une coaltion "d'union nationale" associant tous les partis démocratiques, comme le suggère Le Soir de ce matin); Soit de nouvelles élections, dont le résultat serait fort imprévisible en ces temps de crise.
Il semblerait bien que la sensibilisation de la population par le fameux docu-fiction de la RTBF ait un peu trop bien fonctionné... Evitons donc de dramatiser systématiquement : On est encore loin de la fin de la Belgique qu'on nous prophétise chaque jour depuis plus d'un an. Il existe des procédures pour résoudre les conflits entre communautés, et l'échec de l'orange bleue pour déstabilisant qu'il pourrait être, ne sonnera pas nécessairement le glas du dialogue entre les deux communautés.

Donc, De Wever est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi !
('faudrait que j'arrête de finir tous mes billets en citant du Desproges moi :p)





